Bureau Mazarin en marqueterie Boulle
Bureau Mazarin en marqueterie d'écaille rouge de tortue et laiton gravé, ouvrant à six tiroirs à façade convexe et un tiroir central à façade concave surmontant un guichet. Le plateau, la façade et les côtés arborent un décor finement ciselé de laiton sur Ecaille de tortue. On retrouve sur le plateau la scène de l'enlèvement de Perséphone, surmonté d'un dais à mascaron et enroulements et reposant sur des lambrequins, dans un entourage d'animaux, oiseaux et musiciens, dont un âne et un singe. Le bureau repose sur des pieds en gaine réunis quatre à quatre par des entretoises en X et terminés par des sabots toupie en bronze doré. Epoque Louis XIV Etat d’usage H : 81 cm, L : 120 cm, P : 71 cm
62000 €
DESCRIPTION
Attardons-nous sur les détails du décor en marqueterie : Au centre du plateau, l’élément central de notre décor présente l’enlèvement de Perséphone par Hadès. Le char est tiré par deux chevaux au galop et est surmonté par Cupidon, brandissant une torche. A l’arrière, le Dieu des Enfers, armé de sa fourche, enlève la nymphe Perséphone avec empressement. La scène prend place dans un très riche cartouche où les guirlandes fleuries, les arabesques et les lambrequins s’animent par la présence d’oiseaux exotiques. De part et d’autre de ce cartouche, nous retrouvons deux danseurs, probablement des membres de la Commedia del Arte, qui se font face. Au-dessus, dégringolent des guirlandes où volent et se posent des oiseaux féeriques. Deux angelots ailés se joignent à cette luxuriante animation et deux écureuils apparaissent sur le registre inférieur. Dans les coins de notre plateau, nous retrouvons des scènes étonnantes, toutes encadrées dans des cartouches richement ornés. On y voit des musiciens et des danseurs zoomorphes sous des lustres à pampilles. On peut y reconnaitre des singes jouant du violon ou battant la mesure, avec un âne tenant les partitions. De l’autre, une ronde formée par un faune et des comédiens. Sur les autres faces du bureau, nous retrouvons ces oiseaux exotiques, ces singes et danseurs découpés sur les tiroirs ainsi que les bouquets et masques sur les faces latérales. A l’instigation notamment de Jean Bérain (1644-1711) reviennent à la mode l’arabesque et la grotesque, issues du monde romain, révélées à la fin du XVe siècle par la découverte de la Domus Aurea et alors transcrites dans le vocabulaire de la Renaissance par Raphaël puis en France même par l’œuvre gravée de Jacques Androuet du Cerceau. Bérain, dessinateur de la Chambre du roi et à ce titre ordonnateur des décors des fêtes de Louis XIV, leur insuffle un esprit nouveau où l’élégance et la cohérence priment sur l’humour et la fantaisie, assurant à ces ornements très élaborés prenant parfois la forme de ferronneries. Ils furent transcrits en marqueterie Boulle ou en faïence, dans le bronze ou dans la tapisserie. Quelques exemples présentent le décor « à la Bérain » : armoire à marqueterie d’écaille et laiton attribuée à Nicolas Sageot, miroir en verre églomisé à décor or sur fond de laque rouge, cheminée en carreaux de faïence de Moustiers et guéridons porte-torchères en bois sculpté et doré. On peut rapprocher ces décors, dits “A la Bérain”, de l’art grotesque qui comprend des motifs d’ornementation peints, dessinés ou sculptés reproduisant des sujets de caractères “bizarres” ou formant des enroulements de feuillages en guise de colonnes dans l’entrelacement desquels apparaissent des figures extravagantes comme les mascarons, des personnages ou des animaux fantastiques ; cet ensemble porte le nom d'architecture illusionniste. En dépit de son appellation tardive de bureau Mazarin, ce type de bureau à huit pieds n'apparaît probablement que vers 1670-1680, longtemps après la mort du cardinal ministre qui ne semble pas avoir possédé un tel bureau. La plus ancienne mention d’un bureau appelé Mazarin a été retrouvée dans une facture adressée aux Menus Plaisirs datée de 1669 alors que le cardinal Mazarin meurt en 1661 à Vincennes. Sa forme singulière résulte de l’évolution de la table de changeur instituée sous le règne de Louis XIII, où l’on remarque l’héritage de l’entretoise en H ou en X, à laquelle des caissons ont été ajoutés afin de ranger différents documents administratifs. En découle l’invention du bureau, qui remplace peu à peu la simple table. Le terme de « bureau » se référait d’ailleurs directement à la « bure », l’étoffe de laine grossière avec laquelle étaient couvertes les tables de lecture, afin de protéger les précieuses reliures des ouvrages qui y étaient consultés. Le tiroir du bureau est en retrait par rapport au plateau et aux deux caissons latéraux, mais insuffisamment pour que l’écrivant puisse y placer ses genoux, ce qui peut intriguer de prime abord. En réalité, la noblesse qui acquiert ce type de meuble porte continûment l’épée et s’assoit donc cavalièrement : un genou sous l’écritoire, l’autre en dehors. Il s’agit en outre de l’ancêtre du bureau de ministre, les tiroirs n’allant pas jusqu’au sol, et d’un parfait compromis entre le bureau et le secrétaire, devenu meuble de prestige à la fin du XVIIIᵉ siècle. Notre décor marqueté s'inscrit dans la tradition de marqueterie illustrée par André-Charles Boulle (1642-1732) et inspirée des dessins gravés de Jean Bérain (1640-1711) et Claude Audran (1658-1734). Cette marqueterie spécifique, obtenue par le truchement d’un découpage de couches superposées de laiton et d’écaille, produisant alors un décor en première partie à l’instar de notre meuble et un en contrepartie, l’un étant en quelque sorte le négatif de l’autre. L’écaille de tortue, naturellement brune, est superposée sur une couche teintée afin d'en obtenir une couleur rouge. Des panneaux pouvaient être fournis aux ébénistes par des marqueteurs produisant en série. Notre bureau est à rapprocher de l’oeuvre de Nicolas Sageot (1666-1731). Il devient maître ébéniste à Paris en 1706. Il est l'un des rares à apposer une estampille sur ses meubles, bien avant 1751 où un édit la rend en principe obligatoire. Dès 1720 Sageot liquide son atelier et vit dans une certaine aisance avant de sombrer dans la folie en 1723. Son œuvre s'inscrit dans la tradition de marqueterie illustrée par André-Charles Boulle (1642-1732) et inspirée de décors d'arabesques de Jean Bérain (1640-1711). Œuvre en rapport : Nicolas SAGEOT, Table Bureau dit Bureau Mazarin, vers 1700-1720, Petit Palais, Paris. Bibliographie : Jean BEDEL, Le Grand guide des styles, Paris, Hachette Livres, 1996. Jean-Pierre CONSTANT et Marco MENCACCI, Le Guide des styles, les meubles à toutes les époques, Paris, Hachette, 2018. Bureau de Nicolas Sageot conservé au Palais Royal de Stockholm, 'Le Mobilier Boulle et les ateliers de l'époque', L'Estampille L'Objet d'Art, Février, 1993, p. 50
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