Commode demi-lune d'époque Louis XVI

Commode demi-lune en marqueterie de bois de rose, bois de violette et amarante. A léger ressaut central, elle ouvre à deux tiroirs sans traverse, à trois tiroirs étroits en ceinture, les côtés à tiroir pivotant et porte. Elle repose sur quatre pieds fuselés à cannelures. Décor de motifs géométriques à filets, la partie centrale à scène mythologique. Décor d'une scène à l'antique en façade représentant Neptune sur une fontaine animée de conques avec en arrière-plan la pyramide de Calius Cestius à Ostie - port de Rome. Riche ornementation de bronzes ciselés et dorés : frises feuillagées, moulures de feuilles d'eau, rameaux, chutes à tête de bélier, cannelures et pointes d'asperge. Dessus de marbre Campan rubané.
Epoque Louis XVI
Restauration d’usage
Haut. 88 cm - Larg. 144 cm - Prof. 58 cm

125000 €

DESCRIPTION

Notre commode est à rapprocher étroitement d’une autre commode estampillée RVLC et marquée d’un C couronné, présentant les mêmes dimensions et un décor similaire, que ce soit à la marqueterie ou aux bronzes. Elle passa en décembre 2012 à Drouot chez Europ Auction. Réf. : Ancienne collection SICHEL.
Le « C » couronné nous conduit probablement vers une commande royale française et un inventaire de résidence royale en Allemagne.
Cette marque non référencée, ressemble aux marques royales françaises connues. Nous connaissons deux commodes dont la marque est similaire : une commode en acajou qui porte la marque du Garde-Meuble Royal sous la Restauration et une commode de J. F. Oeben portant également un numéro d'inventaire du Garde-Meuble de la Couronne. A ce jour, seules deux commodes portent cette lettre au fer chaud et sont identifiables au Garde-Meuble de la Couronne par les numéros d'inventaires.
La commode que nous présentons ici, pourrait être la troisième appartenant au Garde-Meuble de la Couronne, si le numéro n'avait pas été effacé.
Notre commode se distinguera par sa ceinture et son tablier ainsi que par son marbre Campan rubané, plus riches. De même les encadrements en bronze doré seront plus travaillés sur notre commode.

Roger Vandercruse fait partie des plus célèbres ébénistes parisiens du XVIII° siècle.
Il est le beau-frère de Jean François Oeben et contemporain de J. F. Leleu et de Riesener.
Il fournit les mêmes clients de la Cour, et de l'aristocratie parisienne. Entre 1769 et 1774, il livre au Garde Meuble de la couronne de nombreux meubles.
Les chef d'oeuvres de RVLC sont bien représentés dans les musées : Musée du Louvre, Musée des Arts et Décoratifs, Musée Carnavalet à Paris Victoria and Albert Museum à Londres, Frick Collection à New York et au Musée Paul Getty à Malibu.
Les meubles à décor de marqueterie de scènes à l'antique sont très rares.
On remarquera, le bureau cylindre réalisé pour Pierre Augustin Caron de Beaumarchais exécuté par Riesener ou Leleu.

L'influence des gravures de Jean-Laurent Legeay (vers 1710-1786) et de la fontaine des Quatre Rivières à Rome de la place Navona est peut-être à l'origine de l'inspiration de RVLC ou de la commande du marchand-mercier, pour la réalisation de la commode que nous présentons.

D’origine flamande, ce fils d’ébéniste ouvrier libre né à Paris dans le Faubourg Saint-Antoine s’intègre d’emblée à la communauté et y noue de nombreuses alliances notamment avec les ébénistes Jean-François Oeben et Jean-Henri Riesener, successivement époux de sa sœur aînée, Françoise-Marguerite. Il est également le grand ami du marchand Pierre Migeon à qui il livre de nombreux meubles légers et de l’ébéniste Martin Carlin. Il livre à des marchands comme Poirier et Daguerre. En 1755, après le décès de son père, Lacroix décide de reprendre la fabrique de ce dernier rue du Faubourg Saint-Antoine. La grande qualité de ses œuvres et une production particulièrement féconde lui procurent très vite une grande renommée. Dès 1769, par le biais de son confrère le marchand Gilles Joubert, il est en charge de toutes les commandes de la cour. Il va ainsi fournir plusieurs meubles aux demeures royales notamment à la comtesse de Provence et à Madame Victoire. A l’intérieur de sa communauté, Lacroix occupe une place respecté : juré de 1768 à 1770, il est ensuite successivement syndic et député en 1784.
Grand spécialiste du meuble fantaisie, Lacroix se distingue par des meubles Louis XV très homogène, d’une grande qualité et un grand talent de marqueteur. Sa manière est reconnaissable à sa marqueterie de croisillons et quatre-feuilles dite « à la reine ». Il orne le plus souvent ses ouvrages avec des mosaïques nuancées et des petits tableaux en bois dans la composition desquels il amène du goût et de la fantaisie. Sa première production, à l’époque Louis XV, évolue avec les attributs de l’époque Transition. A la fin du règne de Louis XV, il est l’un des premiers à réaliser des meubles en citronnier incrusté d’ébène. Il imagine aussi des décors en camaïeu, à dessins de fleurs ou de sujets chinois. Ses commodes, presque toutes d’un modèle Transition, se compose le plus souvent d’une caisse rectangulaire, de pieds galbés et de deux tiroirs principaux surmontés de trois tiroirs en frise couverts d’entrelacs de bronze doré. La marqueterie s’organise en trois panneaux en façade cernés de cadres de bronze doré échancrés aux angles en carré ou en rond, avec des rosaces de bronze doré. Les motifs sont le plus fréquemment des motifs géométriques ou vases de fleurs. Il effectue ensuite des modèles Louis XVI d’une grande précision marqué par l’arrivée d’un motif caractéristique, la rosace en hélice. Lacroix se spécialise comme Topino dans les bonheurs-du-jour qu’il aime décorer dans le goût chinois avec une marqueterie de petits vases de fleurs ou d’ustensiles divers, dérivés de motifs des paravents chinois. L’ébéniste réalise également de nombreuses petites tables pour lesquelles il utilise des motifs répétés de cercles ou losanges imbriqués, de quadrillages avec œillets ou fleurons ou encore de stries verticales jaunes et vertes qui imitent la marqueterie de paille.
Lacroix met fin à son activité sous la Révolution, sans fils ni épouse pour prendre la relève. Sa fabrique est vendue après son décès.

Vous apprécierez