Table à écrire dite « à la Pompadour » estampillée Léonard Boudin

Table à écrire dite « à la Pompadour », de dame, entièrement à décor de marqueterie géométrique de cubes et sur le plateau d'un paysage avec personnages et architectures dans une réserve ainsi que sur l'avant avec incrustations de nacre.
Le plateau supérieur est coulissant, découvrant un abattant gainé de cuir vert dans un tiroir dévoilant une réserve.
Petit tiroir discret pivotant sur le côté garni d'un encrier et sablier à écrire en métal argenté. Ornementation de bronzes ciselés et dorés. Estampilles (deux fois) de Léonard Boudin (reçu maître en 1761) et Jurande.
France, seconde moitié du XVIIIe siècle.
Hauteur : 72,6 cm
Largeur : 61 cm -
Profondeur : 38 cm
restauration d’usage

Nous rapprochons ce modèle d’une table de salon attribuée à Wolff, passée en vente chez Sotheby’s à Londres, le 6 juillet 1979, n°237 ainsi que pour la célèbre vente Ader/Tajan le 7 novembre 1991, Collection Roberto Polo à Paris, N°155, estimation : 600 000/800 000 FF

45000 €

DESCRIPTION

Tout au long du XVIIIe siècle se développèrent des meubles qui, outre d'un style nouveau, s'adaptèrent également aux nouveaux critères de confort dans les riches intérieurs du Royaume de France.
L'architecte Jacques François Blondel fit un état de ces évolutions sociales en décrivant trois types d'appartements qui nécessitaient chacun d'une typologie de meubles précise pour en convenir à leur usage : les appartements d'apparat, les appartements de réception et les appartements privés.
C'est au sein de ces derniers que se développèrent un luxueux mobilier où figurent notamment les tables à écrire dont on prête à la Marquise de Pompadour le rôle d'instigatrice quant au développement de l'attrait envers ce genre d'ameublement.
Ce décor marqueté prisé par les contemporains de leurs réalisateurs est facilement percevable dans des interprétations différentes sur des tables à écrire portant toutefois différentes signatures qui semble démontrer que leurs créateurs partagèrent leur savoir auprès de différents ateliers.
Notre meuble présente à deux repris l'estampille de Léonard Boudin. Élève de Pierre Migeon, celui-ci acquit une réputation auprès de ses pairs qui lui permit en plus de son activité d'ébéniste d'ouvrir son propre magasin et de faire travailler plusieurs de ses confrères dans son entreprise tout en continuant d'apposer sa signature sur leurs meubles issus de cette collaboration.
De dimensions modestes, ces meubles volants trouvèrent leur place dans l'intimité des chambres et des salons et découvrirent de multiples fonctions tout en se parant d'un opulent décor justifiant la fortune de son commanditaire.
Notre table que nous pouvons dater des années 1770 s'inscrit dans la période de Transition entre les règnes de Louis XV et Louis XVI et reprend la structure. Elle revêt un décor hétérogène et colorés de différentes essences alliant scènes pittoresques aux lignes et droites et marqueteries cubiques à leurs cartouches vineux et aux volutes formant rocailles. Ses formes mouvementées démontrent le maintien au cours de cette décennie d'un attachement des formes héritées du Rococo tout en révélant l'évolution des arts pour un goût « à la grec » aux lignes plus sévères.
Ainsi les meubles revêtant son estampille peuvent révéler le travail de différents ébénistes tels que les décors architecturés pouvant également être attribués à André Louis Gilbert.
Tant ébéniste de renom qu'habile marchand, la production de Boudin fut prolifique et des tables à écrire portant son estampille peuvent être trouvées dans des musées de renoms tant à l'étranger qu'en France, notamment au Metropolitan Museum de New York où est conservée une table à écrire du même modèle que la nôtre (n° inv. 69.9.4). Un autre exemplaire revêtant un décor bien plus analogue a été vendue par Christie's Londres le 12 novembre 2020 (lot 24).

Léonard Boudin excellait dans l'exécution des courbes complexes et fluides caractéristiques des meubles de son époque, qu'il enrichissait de marqueteries d'une très grande sophistication, associant scènes figurées et éléments architecturaux.
Ces compositions tirent leur remarquable vivacité des contrastes chromatiques entre les différentes essences de bois employées, dont certaines sont teintées, même si l'effet originel devait être bien plus éclatant encore.
De toute évidence, à une époque où le goût d'avant-garde s'était tourné vers le style grec austère et le mobilier Louis XVI plus léger, il existait encore un marché important et enthousiaste pour ce mobilier coloré et richement décoré de style rococo tardif. Par leur combinaison de mécanismes, de marqueterie figurative dans des encadrements à volutes, de marqueterie cubique et de panneaux à mosaïque, ces tables s'inspirent en définitive d'exemples de la fin des années 1750 et du début des années 1760 de Jean-François Oeben (1721-1763 ; voir R. Stratmann-Döhler, Jean-François Oeben , Paris , 2002, pour de nombreux exemples). Les cachets trouvés sur les tables démontrent qu'un certain nombre d' ébénistes continuaient de répondre à ce goût d'antan. Comme une marqueterie très similaire se retrouve sur des pièces estampillées par différents ébénistes, il a été suggéré que les panneaux figuratifs aient pu être exécutés par des marqueteurs spécialisés qui les fournissaient à plusieurs ateliers. Il convient toutefois de noter que la plupart de ces tables présentent une unité de conception et de style ; par exemple, sur le modèle présenté ici, le motif en treillis des panneaux latéraux du plateau se répète sur les côtés, son échelle étant subtilement agrandie. De toute évidence, les ateliers qui ont produit ces pièces maîtrisaient parfaitement chaque étape de leur fabrication.

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