26 octobre 2016

No Comment

Vincent Pruchnicki

Tags:
,

Vincent Pruchnicki

« Vroummmm, bam, bang, chrooonk, ahhhhhhhhh attentioooOOOOOON argh patatra ! ». En quelques onomatopées voilà le fond du sujet… Il y est question de bolides, de courses et d’accidents.

Fauteuil élastique

On connaît les vaches amenées dans les appartements delphinaux de Versailles, pour en produire le lait directement aux enfants de France ou à la famille royale. On sait les emportements du comte d’Artois et de sa belle-soeur Marie-Antoinette devant les premières courses hippiques. On connaît également le malin plaisir qu’eut Louis XVI à faire mimer leurs excès à des comédiens lors d’une représentation théâtrale. Mais qui sait encore aujourd’hui, que Marie-Antoinette et ses belles-soeurs se livraient à des courses auto-mobiles dans les salons et dans les couloirs de Versailles ?

arton631-resp1090

Fauteuil de malade, Les Arts Décoratifs, vers 1700-1720, (c) Les Arts Décoratifs.

 

Leur Formule 1 ? Un « fauteuil élastique » ! Pas grand chose sous les sangles… tout est dans le poignet. Le type a semble-t-il été créé pour aider les handicapés ou des personnes âgées impotentes à se mouvoir, non pas pour la compétition. On en trouve d’ailleurs au moins dès la fin du XVIIe siècle. La Galerie C. Pellat de Villedon en présentait un exemplaire de Georges Jacob en mai 1956 dans le magazine Connaissance des Arts. Le principe de ces sièges consiste à les faire se déplacer à l’aide de manivelles placées sur les extrémités des accotoirs. A la force des bras, les manivelles font tourner des engrenages entraînant les roues placées sous le fauteuil.

 

dscf5805

Fauteuil de malade, vers 1765-1770, G. Jacob, anciennement C. Pellat de Villedon

 

Courses à la Cour

Peu importe à Madame, à sa soeur la comtesse d’Artois et à Marie-Antoinette que ce type de fauteuil fut d’abord destiné aux malades. L’ennui guette à la Cour et ces courses, comme le théâtre très privé de la reine dans ses appartements, apportent un peu de gaité et de légèreté. Le comte d’Hézecques, page à la cour de Louis XVI, rapporte ainsi (communication de M. Philippe Commenges) :

Sitôt qu’elle connut les vertus du fauteuil élastique livré pour sa soeur, Madame n’eut de cesse que d’avoir le sien propre. Elle finit avec force persuasion à s’en faire délivrer un qui la ravissait pour le confort qu’il lui apportait.
Cet ingénieux système permettait de se mouvoir avec l’aide de ses bras en tournant les manivelles sans avoir à marcher. Elle allait visiter sa soeur de la sorte dans ses appartements et l’une et l’autre et l’autre se recevaient ainsi, sur leur fauteuil élastique, déambulant de conserve dans les cabinets et les chambres, renversant parfois tables et guéridons. Leurs gens y prenaient garde et elles ne brisaient que de menus objets, sauf la fois où Madame d’Artois qui souffrait des nerfs, renversât une harpe sur le service en porcelaine de Sèvres que le comte lui avait offert pour ses étrennes.  Elles ne se déplaçaient plus qu’ainsi à la grande curiosité de la Cour. Le bruit de cette invention en arrivât jusque à la Reine qui ne pouvait souffrir de ne point en avoir et qui suppliât son époux d’en avoir un aussi. Sa Majesté, pour ne point déplaire à son épouse, en fit réaliser un tout de bois doré au chiffre de la Reine. Il était à pieds carquois et garni d’un damas mozaïque rebrodé de plumes du meilleur goût. C’est dans cet équipage que la Reine se rendit chez Madame pour souper. La surprise fut totalement réussie.

M. de Vaudreuil eut l’idée d’organiser des courses de fauteuil élastique dans les couloirs du château. La Reine qui ne pouvait souffrir de ne point s’amuser mais qui craignait de déplaire au Roi fit promettre à tous de garder le secret. On jouait gros et on pariait sur qui gagnerait la course. La Reine qui n’avait pas les bras gros perdit plusieurs fois des sommes considérables, ce qui causât un scandale inouï. Sa Majesté finit par interdire ces courses à cause de l’accident que connut Madame, toujours emportée et vive, dans l’escalier des Princes où elle faillit se rompre le cou. Il eut une grande émotion lorsqu’on la vit rouler du bord des marches et ne s’arrêter qu’en ayant renversé huit malheureux suisses. Monsieur leur fit donner une bourse à chacun en guise de dédommagement.

 

Les fauteuils de Couthon

 

_mg_0110

Fauteuil de malade de Couthon, vers 1760-1770, (c) musée Carnavalet/Ville de Paris.

 

Durant la Révolution, le fauteuil élastique de la comtesse d’Artois est saisi et prêté au représentant Couthon par les commissaires artistes de Versailles. La commission temporaire en avait ordonné la recherche et l’avait retrouvé à l’hôtel du Garde-Meuble, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), nous rapporte l’historien Cabanès dans ses transcriptions des procès-verbaux de la commission temporaire des arts (séance du 15 Messidor An III).

Si ce fauteuil n’a pas été identifié, il semble que le citoyen Couthon se fit livrer en 1793 un autre siège similaire.De fabrication lyonnaise, il était sans doute moins riche. Ce fauteuil serait conservé au musée Carnavalet à Paris depuis 1899, année du don par ses arrière-petites-filles.

 

Vincent Pruchnicki

 

Références:

Agathe STROUK, Coré, n°12, septembre 2002.

François Félix, comte d’HEZECQUES, Souvenirs d’un page à la cour de Louis XVI, Paris, Didier et Compagnie, 1873.

Louis TUETEY, Procès-Verbaux de la Commission temporaire des arts, paris, Imprimerie Nationale, 1912-1917, 2 tomes.