Vincent Pruchnicki

Chapitre 1: La Villa Ephrussi de Rothschild

Le printemps est la période idéale pour voyager sur la côte d’Azur et découvrir les fantastiques villas qui l’agrémentent tout en profitant des plages. A l’éclosion des premières fleurs, les jardins appellent l’oeil de leurs couleurs vives et chamarrées répondant aux oranges et aux roses poudrés des façades.

Il est une demeure que l’on ne peut ignorer lorsque l’on parcourt la route qui va de Marseille à Beaulieu-sur-Mer: la villa Ephrussi à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Un mythe qui m’appelait depuis longtemps.

Construite sur un éperon rocheux aplani à la dynamite (!) pour y dresser des jardins de « Mille et une nuits », idéalement érigée (1907-1912) entre deux baies d’une incroyable beauté, la maison italianisante de Béatrice de Rothschild et de Maurice Ephrussi fascine. Ses collections ne sont pas en reste. La collectionneuse a veillé a y rassembler des merveilles d’arts décoratifs du XVIIIe siècle. Des appartements du rez-de-chaussée à l’étage, en passant par l’escalier ajouré ouvrant très largement sur la baie, tout a été méticuleusement choisi.

Décor

    

En premier lieu et dès l’extérieur, le décor de cette création associé des éléments d’architecture médiévale et Renaissance intégrés aux façades pour évoquer notamment la villa Médicis. Ensuite, à l’intérieur, les boiseries « Louis XVI-1900 » semblables à celles du Ritz ou de l’hôtel Crillon, sont composées autour d’éléments du XVIIIe  siècle. De l’hôtel Crillon, Béatrice de Rothschild fait récupérer des éléments de boiseries à décor arabesques au naturel pour enrichir le grand salon du rez-de-chaussée (tous les décors ont été dispersé, l’un des cabinet de l’hôtel Crillon est conservé au Metropolitan museum de New York). De la folie Beaujon, construite pour le richissime financier Nicolas Beaujon à la fin de l’époque Louis XVI, elle récupère un cabinet, pour son cabinet de toilette. A l’étage, c’est un élément de boiserie à décor de singerie d’époque Louis XV qui sert de point de départ à la création du cabinet des singes.

     

Ameublement

Les collections rassemblées dans cette résidence d’été sont époustouflantes. Dans un cabinet du rez-de-chaussée, sur le linteau de la cheminée: une garniture de deux vases « beau bleu » à sujets historiés a appartenu à Louis XVI et meublait les appartements du Roi à Versailles (voir Pièces historiques en porcelaine de Vincennes et de Sèvres dans la collection de Mme Maurice Ephrussi, née Béatrice de Rothschild (1864-1934), Guillaume Séret, Versalia, 2014). Dans le grand salon, le très grand tapis de la Savonnerie d’époque Louis XV, fait partie des tapis destinés à la chapelle royale de Versailles sous Louis XV, tandis que dans l’espace attenant, un tapis de la même manufacture pour la grand galerie du Louvre, d’époque Louis XIV, met en valeur une magnifique table de René Dubois réputée provenir de la reine Marie-Antoinette. Ailleurs, c’est une table de Weisweiler qui suscite l’intérêt. Recouverte de cire et de plumes, elle est estampillée de Weisweiler, mais doit être née de sa collaboration avec l’artiste qui réalisa pour Benneman, la décoration du médailler de Louis XVI à Versailles (1786).

       

Un meuble en particulier a retenu mon attention. Il s’agit d’un écran en bois très richement sculpté à colonnettes détachées, à festons de perles et à palmettes stylisées dans les dés qui me rappelle le mobilier du cabinet intérieur de Marie-Antoinette livré en 1788 par Jean-Baptiste Claude Sené. La réalisation nécessita l’intervention de plusieurs acteurs. Jean Hauré, entrepreneur des meubles de la Couronne, reçut l’ordre en octobre 1787 de meubler le grand cabinet. La commande mentionnait un écran disparu comme un bout de pied et le paravent. Les canapés, fauteuils et chaises sont à Compiègne et au Louvre. Les dessins de cet ensemble avaient été fournis par le Garde-Meuble et les modèles en cire réalisés par le sculpteur modeleur Martin. La menuiserie fut confiée à Jean-Baptiste-Claude Séné. La sculpture de l’écran est de Matthieu Guérin. Se pourrait-il que cet écran, très proche, fut celui de la reine ? Il y a des disparités dans les ornements sculptés: l’écran avait-il été traité exactement comme les sièges?

Jardins

Nous ne connaîtrons jamais les jardins dessinés par Béatrice de Rothschild que par quelques vues. En effet, à sa mort en 1930, le domaine est laissée à l’Institut de France, et les jardins ne sont déjà plus ce qu’il furent à l’aube de la Première Guerre Mondiale. L’Institut prend soin de faire réaménager les jardins, et différentes atmosphères, Espagnole, Japonaise,Florentine (seul vestige du jardin de Béatrice), exotique, Provençale ainsi qu’une roseraie se succèdent avec beauté autour du parterre à la Française.

Je vous invite donc, à moins que vous ne m’ayez précédé, à me suivre dans cette splendide « Promenade entre ciel et mer »… Prochaine étape: la Bastide Borély, à Marseille.

 

Vincent Pruchnicki

Images: (c) Vincent P./Institut de France

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