7 mai 2015

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Vincent Pruchnicki

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Vincent Pruchnicki

Montpellier, dans l’Hérault, est une ville encore trop méconnue marquée par les XVIIe et XVIIIe siècles. Les rues de la vieille ville, appelée « Ecusson » en raison de sa forme, regorgent en effet d’hôtels particuliers et d’immeubles rocailles des Giral, grands architectes locaux, auteur également de nombreuses « folies » montpelliéraines. De la porte du Peyrou à la folie de Bonnier de La Mosson, les passionnés du Siècle des Lumières s’émerveillent des trésors de l’ « antique » cité fondée au Moyen-Âge (985).

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Plan de la ville et de la citadelle (« Ecusson ») de Montpellier au XVIIIe siècle, DR.

 

La Place royale du Peyrou

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Arc de Triomphe donnant accès à la ville et à la place royale du Peyrou, érigé en 1691 par Augustin-Charles d’Aviler, architecte de la province du Languedoc, sur des projets de François II d’Orbay, VP.

On accède à cette place qui tire son nom du caractère « pierreux » du lieu auquel elle aboutissait, par un bel arc de triomphe d’époque Louis XIV construit par Augustin-Charles d’Aviler. Sa forme rappelle l’arc de la porte Saint-Martin à Paris et son ornementation, classique, chante la gloire du roi. Aucune construction montpelliéraine ne devait s’élever plus haut que le sommet de cet arc de triomphe installé au point culminant de la ville, ce qui explique l’horizontalité de l’architecture au sein de l’Ecusson.

Face à la porte du Peyrou, de l’autre côté du pont de pierre ayant remplacé le pont-levis qui donnait autrefois accès au coeur de ville, se trouve la place du Peyrou, toute à la gloire de Louis XIV, avec une statue équestre en bronze du grand roi en son centre (cette fonte de 1828 remplace l’original fondu à la Révolution), et dans la perspective, le château d’eau élevé en 1768 par Henri Pitot au fond de l’esplanade dessinée par Etienne Giral puis réaménagée par Jean-Antoine Giral, célèbre architecte local. L’on peut dire que si Marseille eut Puget, Montpellier eut les Giral. C’est tout dire de leur succès.

Château d'eau, place du Peyrou, Henri Pitot, 1768.

Château d’eau, place du Peyrou, Henri Pitot, 1768, DR.

 

Les Giral: incontournable famille d’architectes

Pas un seul des projets architecturaux d’envergure ne semblerait avoir échappé à cette famille descendant d’Antoine Giral, fils de paysan, fondateur de cette grande dynastie d’architectes montpelliérains actifs jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

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Restitution numérique du château de La Mosson, avec le buffet d’eau à gauche, (c) Yann Garnier créateur d’images numériques.

 

Façade nord du château de La Mosson, état actuel.

Façade nord du château de La Mosson, état actuel, DR.

Parmi les réalisations les plus connues demeurent le château de Joseph Ier Bonnier de la Mosson, trésorier des Etats du Languedoc et connu pour être le père du célèbre amateur curiosités et de comédiennes. Malheureusement démembré dès 1750, six ans après la mort de Joseph II qui l’avait somptueusement meublé, il n’en subsiste à la périphérie de Montpellier que le tracé du parc et le pavillon central du château avec son salon à l’italienne qui fait regretter amèrement la destruction de ce chef-d’oeuvre. Plus heureusement, les sculptures du jardins ont demeuré, ou ont été transférées dans les jardins d’autres folies montpelliéraines, au château d’O et au château de l’Engarran où elles sont environnées des grilles de La Mosson qui y ont été transférées en 1794.

Grille du château de La Mosson, vers 1721, château de l'Engarran depuis 1794, DR.

Grille du château de La Mosson, vers 1721, château de l’Engarran depuis 1794, DR.

Une autre demeure des Giral subsiste dans un meilleur état de conservation. Il s’agit du château de la Mogère, connut lui aussi pour son splendide buffet d’eau rocaille composé de concrétions et de coquillages qui n’ont rien à envier à la chaumière aux coquillages de la princesse de Lamballe à Rambouillet.

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Buffet d’eau du château de La Mogère, VP/DR.

Le château de la Mogère est édifié par Jean Giral (1679-1755). S’il n’est pas remarquable par son architecture hormis quelques beaux éléments sculptés sur les façades de la maison, il vaut pour l’atmosphères qui se dégage des jardins plantés de pins parasols et animés par le buffet d’eau, ainsi que pour ses collections.

Grand salon du câteau de la Mogère, DR.

Grand salon du château de la Mogère, DR.

Outre un prie-Dieu de Thomas Hache, les descendants du constructeur du domaine ont conservé une série de portraits de très belle qualité, de Hyacinthe Rigaud, de Jean Ranc et de Jacques-Louis David, ainsi qu’un beau portrait équestre oval de Louis XIV faisant écho à la grande pendule Boulle aux Parques de la même époque qui enrichit le grand salon.

Salle à manger du château de la Mogère, portrait par Jean Ranc à gauche et portrait de Louis XIV à droite, DR.

Salle à manger du château de la Mogère, portrait de famille par Jean Ranc à gauche et portrait de Louis XIV à droite, à côté d’un portrait de famille par David, DR.

 

Le musée Fabre et l’hôtel d’Espeyran

Commode d'Adrien Delorme, époque Louis XV, (c) Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d'Espeyran, Montpellier.

Commode d’Adrien Delorme, époque Louis XV, (c) VP/ Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier.

Plus récemment, la ville de Montpellier s’est enrichie d’un nouveau musée des arts décoratifs rattaché au célèbre musée Fabre. Pour ce nouveau département, rien n’a été épargné, puisque les locaux choisis sont ceux de l’ancien hôtel de Cabrières – Sabatier d’Espeyran. Cette collection d’art, très choisie, est constituée en majeure partie des meubles et objets provenant du legs de Mme Renée de Cabrières et de son mari Frédéric Sabatier d’Espeyran, en 1967.

Pot-pourri et vase de porcelaine de Chine d'une paire, montés en bronze doré (la monture des vases peut être attribuée à Duplessis, (c) Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d'Espeyran, Montpellier.

Pot-pourri et vase de porcelaine de Chine d’une paire, montés en bronze doré (la monture des vases peut être attribuée à Duplessis, (c) VP/Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier.

Cette section a récemment été intégralement restaurée. Parmi les merveille du XVIIIe siècle qui composent la moitié de la collection figurent une suite de fauteuils estampillés de Nicolas-Quinibert Foliot, dont la galerie Pellat de Villedon proposait récemment un modèle similaire; une superbe commode d’Adrien Delorme, et de très belles porcelaines de Chine d’époque Kangxi, d’un beau bleu profond, montés en bronze doré sous l’impulsion de marchands-merciers français au milieu du XVIIIe siècle.

 

Fauteuil cabriolet de N.-Q. Foliot, (c) Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d'Espeyran, Montpellier.

Fauteuil cabriolet de N.-Q. Foliot, (c) VP/Musée Fabre, hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier.

 

Enfin, il était impossible de ne pas mentionner la présence au musée Fabre d’une exceptionnelle collection de peintures du XVIIIe siècle réalisées en partie par les grands maîtres de la région, parmi lesquels le peintre néoclassique François-Xavier Fabre, fondateur du musée éponyme, Jean Raoux et Jean Ranc.

Vincent Pruchnicki

Portrait de Mme Crozat, membre de l'une des plus riches familles de financiers parisiens du XVIIIe siècle (une de mes membres de sa famille ayant épousé le comte d'Evreux, fut surnommée "affectueusement" par son époux "Ma bourse"), par Jacques-André-Joseph Aved, 1741.

Portrait de Mme Crozat, membre de l’une des plus riches familles de financiers parisiens du XVIIIe siècle (une de mes membres de sa famille ayant épousé le comte d’Evreux, fut surnommée « affectueusement » par son époux « Ma bourse »), par Jacques-André-Joseph Aved, 1741.