16 octobre 2015

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Emmanuelle Hibernie

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Emmanuelle Hibernie

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Madame Vigée-Le Brun et sa fille, 1786, musée du Louvre. DR.

Depuis le 23 septembre et jusqu’au 11 janvier 2016, le Grand Palais dévoile l’œuvre prolixe de cette femme peintre qui connut les vicissitudes de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Les nombreux portraits et autoportraits côtoient ses rares tableaux d’histoire. Maîtrisant aussi bien le pastel que la peinture à l’huile, elle développe sous l’Ancien Régime l’art du portrait « au naturel » avec des modèles féminins posant simplement. Le public peut aussi découvrir ses œuvres plus formelles réalisées après la Révolution au gré de ses pérégrinations. Une vie faite de succès et d’errance.

Tu seras peintre ma fille

Louise-Élisabeth Vigée naît le 16 avril 1755 à Paris de Louis Vigée, pastelliste, membre de l’Académie Saint-Luc. Elevée chez une nourrice puis au couvent, elle développe très jeune un don pour le dessin avec les encouragements de son père.

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Joseph Vernet, 1778, musée du Louvre, Paris. DR

A sa mort en 1767, elle reprend goût à l’art grâce au soutien d’un ami de la famille, Gabriel-François Doyen, peintre d’histoire, et suit quelques cours chez Gabriel Briard, membre de l’Académie royale de peinture. Leurs conseils et ceux du talentueux Joseph Vernet, ses visites dans les musées de la capitale (Luxembourg, Louvre…) et dans les collections privées achèvent de la former. Son regard s’aiguise au contact des œuvres des grands maîtres (Rembrandt, Van Dyck, Rubens…). Rapidement, vers 1770, elle reçoit ses premières commandes de portraits au pastel. Le remariage de sa mère avec un joaillier pose certaines difficultés car il entend gérer sa carrière, et surtout ses revenus.

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Tête de femme : étude pour la Paix ramenant l’Abondance, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris. DR.

Un succès fulgurant

Le 11 janvier 1776, elle prend son envol en se mariant avec Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, marchand de tableaux reconnu mais de mauvaise réputation. Il devient son agent. Dès lors, les commandes affluent et notamment de la cour, du comte de Provence et de la duchesse de Chartres en particulier. En 1778, elle est appelée à Versailles pour réaliser un portrait d’après nature de Marie-Antoinette et devient peintre officiel de la reine. Parallèlement, elle ouvre une académie et enseigne aux jeunes filles le dessin. Son hôtel particulier devient à la mode. En 1780, elle donne naissance à une fille, Jeanne-Julie-Louise. La maternité l’inspire et son enfant devient le sujet de nombreuses toiles. Le 31 mai 1783, elle est finalement admise à l’Académie royale de peinture et sculpture grâce au soutien de la reine et ce, malgré sa condition de femme et la profession de son époux. La même année, sa participation au Salon est remarquée. Elle y présente d’abord le portrait de la reine en gaule, robe de mousseline de coton. Scandale, ce tissu utilisé en linge de corps n’est pas digne d’une reine. Elle remplace finalement le tableau par le portrait de Marie-Antoinette « à la Rose ».

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La reine Marie-Antoinette dans une robe de mousseline blanche, 1783, Allemagne, Darmstadt, Schlossmuseum. DR

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La reine Marie-Antoinette dit « à la Rose », 1783, châteaux de Versailles et de Trianon. DR

A la veille de la Révolution, son succès est éclatant. Elle organise des dîners mondains comme le fameux « souper grec » dont toute l’Europe parle. Ces fastes, sa renommée, ses supposées liaisons avec le comte de Vaudreuil et le ministre des Finances Calonne, sa proximité avec une reine de plus en plus détestée en font la cible des critiques.

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Marie-Thérèse-Charlotte de France et son frère le Dauphin Louis-Joseph-Xavier François de France, 1784, châteaux de Versailles et de Trianon. DR

Un exil devenu Grand Tour

Elle quitte Paris la nuit du 5 au 6 octobre 1789 alors que la famille royale est ramenée de force dans la capitale. Elle gagne l’Italie. Sa carrière reprend de plus belle au contact de l’aristocratie en exil. Elle envoie des toiles au Salon de Paris et se familiarise avec les toiles des maîtres anciens conservées à Rome, Florence et Milan. Puis elle gagne Vienne où elle retrouve la famille de Marie-Antoinette. Sur invitation de l’ambassadeur de Russie, elle se rend à Saint-Pétersbourg. Les décapitations de la Terreur ne l’incitant pas à rentrer, elle portraiture avec succès la noblesse russe.

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Portrait de Lady Hamilton en bacchante, 1803, Henry Bone, d’après Louise-Elisabeth Vigée Le Brun, Wallace Collection, Londres. DR.

Le retour de l’enfant prodigue

Une pétition signée par de 255 artistes et intellectuels demandant le retrait de son nom de la liste des émigrés, la mort de sa mère et la rupture avec sa fille ramènent Elisabeth à Paris en 1802. Acceptant difficilement les changements survenus en France, elle part quelques temps pour Londres où elle fréquente les plus grands artistes anglais et la cour de Louis XVIII en exil. De retour en 1805 en France, elle exécute le portrait de Caroline Murat (une des sœurs de Napoléon) malgré des rapports tendus.

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Caroline Bonaparte et sa fille ainée Laetitia Joséphine, 1807, châteaux de Versailles et de Trianon. DR. 

Après un voyage en Suisse, elle revient en France en 1809 et partage sa vie entre Louveciennes et Paris. Elle tient salon et reçoit les peintres de son temps. Son mari dont elle avait divorcé meurt en 1813, sa fille en 1819 et son frère en 1820. Elle parcourt la France et réalise quelques ruines et paysages. En 1829, elle prend la plume pour rédiger son testament et ses souvenirs : « Mémoires d’une portraitiste ». Entourée de ses nièces, elle meurt à Paris en 1842.