13 novembre 2015

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Vincent Pruchnicki

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Vincent Pruchnicki

Jean-Louis Prieur: une exposition dossier

Du 15 octobre 2015 jusqu’au 17 janvier 2016, le musée Nissim de Camondo traitera de l’un des plus illustres bronziers de la période du néoclassicisme: Jean-Louis Prieur. Prieur est actif durant toute la seconde moitié du 18e siècle. Cousin du célèbre fondeur ciseleur parisien Jean Joseph De Saint-Germain, il n’apparaitrait pas étonnant qu’il fasse ses débuts dans son atelier. Il n’exerça cependant pas l’activité de fondeur au sens propre étant plutôt auteur de dessins préparatoires à la fonte avant de se spécialiser, après avoir fait faillite en 1778, dans le dessin d’ornement.

Chenet, 18ème siècle, d'après J-L Prieur Vente 26 mars 2010

Chenet, 18ème siècle, d’après J-L Prieur. Vente 26 mars 2010.

Bronzier ?

Jean-Louis Prieur est issu d’une famille d’artisans parisiens spécialisés dans les arts décoratifs. Il naît en 1732. En 1765, il est reçu maître-sculpteur à l’Académie de Saint-Luc et devient maître-fondeur « en terre et sable » en 1769. Il est considéré comme l’un des pères du dessin professionnel en ce qu’il exécute des dessins de modèles pour le bronze afin d’honorer différentes commandes telles que des cheminées, des consoles, etc. Cette originalité le différencie des autres fondeurs qui ne sont pas propriétaires de leurs créations permettant ainsi aux artisans concurrents de reproduire leurs sujets. La corporation des maîtres-fondeurs décida le 21 avril 1766 d’établir un bureau des dessins qui recevrait les projets. Cet archivage des projets permettait d’éviter les contrefaçons et de sanctionner les fraudeurs exploitant les modèles d’autrui (ce qui donnait lieu a des procès au sein de la corporation). Malheureusement, le dépôt concerné a brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1871 pendant la Commune de Paris.

Les dessins de Prieur sont réalisés au crayon graphite, parfois repris à la plume trempée dans l’encre noire. Le trait est rehaussé d’aquarelle sépia sur fond de lavis gris.

En 1775, Prieur réalise les bronzes du carrosse du sacre de Louis XVI dont Belanger a donné les dessins, il a pour aide le jeune Thomire à cette occasion, futur grand bronzier de la période Louis XVI puis Empire.

Gravure du carrosse du sacre du roi Louis XVI à Reims, le 2 juin 1775.Gravure du carrosse du sacre du roi Louis XVI à Reims, le 2 juin 1775. ©Château de Versailles)

Gravure du carrosse du sacre du roi Louis XVI à Reims, le 2 juin 1775. ©Château de Versailles.

Pendule, vers 1770, Paris) Signée : Jean-Louis Prieur, sculpteur et fondeur ; Joseph-Léonard Roque, horloger Bronze doré et patiné Don de M. et Mme Bernard Steinitz, 1983 © 2007 Musée du Louvre / Martine Beck-Coppola

Pendule allégorique à l’étude et au réveil, vers 1770, Paris
Signée : Jean-Louis Prieur, sculpteur et fondeur ; Joseph-Léonard Roque, horloger
Bronze doré et patiné
Don de M. et Mme Bernard Steinitz, 1983
© 2007 Musée du Louvre / Martine Beck-Coppola

 

Projet de cheminée ayant longtemps été considéré comme une simple console a été rapproché d’une des cheminées des petits appartements du Palais-Bourbon. Elle est « figurée par une table de marbre blanc, soutenue par des pieds de bronze doré d’or moulu. Les chenets y sont liés avec ces supports, de manière qu’elle sert effectivement de table en été par le moyen du panneau du fond qu’on y ajoute ».

Modèle de cheminée décorée en console, Paris, vers 1771-1772 © Les Arts Décoratifs, Paris

Modèle de cheminée décorée en console, Paris, vers 1771-1772
© Les Arts Décoratifs, Paris

 

Projet de console à quatre pieds sur lequel figure sur la ceinture un médaillon orné d’un double « L » entrelacé. Au centre de l’entretoise est représentée une aigle coupée en deux par le milieu. Les quatre pieds en gaine rectangulaires sont surmontés de bustes de femmes à l’antique.

Projet de console, Paris, vers 1775 © Les Arts Décoratifs, Paris

Projet de console, Paris, vers 1775, © Les Arts Décoratifs, Paris.

 

Projet de piédestal à décor de vase enflammé aux anses en forme de protomé de bouc d’où festonnent des guirlandes de perles rejoignant deux cornes d’abondance est à rapprocher d’un projet dans le goût à la grecque exécuté par Jean Louis Prieur pour le roi de Pologne vers 1766.

Modèle de piédestal, Paris, vers 1770 © Les Arts Décoratifs, Paris

Modèle de piédestal, Paris, vers 1770, © Les Arts Décoratifs, Paris

 

On notera aussi d’autres projets identifiés tels qu’un lutrin sur lequel figure deux anges debout sur un piédestal qui entourent un pupitre à décor de rinceaux, et qu’un surtout de table représentant une coupe à pied accostée de deux sphinges canéphores portant un panier de fruits.

Dessin [Modèle de surtout de table], Paris, vers 1770 © Les Arts Décoratifs, Paris

Dessin [Modèle de surtout de table], Paris, vers 1770
© Les Arts Décoratifs, Paris

On remarque chez Prieur la variété de projets allant du décor de cheminée au projet de piédestal ainsi que leur abondance, le talent du dessinateur résidant en sa capacité à renouveler ses formes en suivant l’évolution du néoclassicisme, du goût à la grecque au goût à l’étrusque.

 

Ornemaniste

Malgré le succès de ses productions, il fait faillite en 1778 et se réfugie alors sous la protection du comte d’Artois, frère de Louis XVI, afin d’échapper à ses créanciers et à la juridiction royale. Surmontant ces difficultés, le bronzier poursuit son activité en prenant un tournant manifeste. Ses dessins et gravures, à partir de cette période, attestent une prédilection pour les sujets d’ornement, notamment dans le genre arabesque qui est à la mode dans les années 1770-1780. Son répertoire compte nombre de figures chimériques et de motifs ornementaux naturalistes symétriques selon un axe vertical central campant ses compositions dans la plus pure tradition classique française. Les compositions réalisées durant cette période étaient destinées à être peintes sur des panneaux de boiseries ou des toiles peintes destinées à être enchâssées dans des panneaux de boiserie telles qu’on en voit au Arts Décoratifs (Paris).

Ornements pour parcloses provenant de la collection Kraemer vers 1784, motifs d'inspiration antique. © Les Arts Décoratifs Paris / Jean Tholance

Ornements pour parcloses provenant de la collection Kraemer vers 1784, motifs d’inspiration antique,
© Les Arts Décoratifs Paris / Jean Tholance.

 

Jean-Louis Prieur grave des suites d’ornements qu’il dédie au chevalier de Crussol, comportant des fleurs, des rinceaux, des dessus-de-porte et des vases, dans un genre nouveau. Il en fait tirer des épreuves au crayon noir, en rouge, en bistre. Il publie des dessins d’arabesques et d’appartements gravés par Fraye, et des dessins pour la manufacture de papiers peints des frères Revillon. Ses ultimes gravures proposent des décorations plus riches avec une profusion de motifs végétaux, montrant une évolution vers un style toujours plus monumental. Cependant, son style n’évolue que peu, car il se plaît à reprendre les mêmes thèmes basés sur la géométrie.

Prieur disparaît en pleine Révolution, en 1795.

Dessin de vase en bronze, vers 1780-1790 H. 23,5 ; L. 18 cm Achat vente Eugène Prignot, 22 mars 1886 Paris, © Les Arts Décoratifs, Paris

Dessin de vase en bronze, vers 1780-1790
H. 23,5 ; L. 18 cm
Achat vente Eugène Prignot, 22 mars 1886
Paris,
© Les Arts Décoratifs, Paris

 

L’exposition du musée Camondo offre une occasion unique de découvrir les nombreux dessins et planches du maître ornemaniste, préservés la plupart du temps des attaques de la lumière, dans les réserves de la bibliothèque des Arts Décoratifs. Elle préfigure, sans le vouloir, une suite d’exposition consacrée aux grands bronziers du XVIIIe siècle tout au long de la saison 2015-2016.

Musée Nissim de Camondo

63 rue de Monceau
75008 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Métro : Villiers, Monceau
Bus : 30, 94, 84
• du mercredi au dimanche de 10h à 17h30
• fermé le lundi et le mardi, ainsi que le 25 décembre, 1er janvier, 1er mai chaque année.

Musée Nissim de Camondo Jean-Marie del Moral