14 décembre 2015

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Emmanuelle Hibernie

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Emmanuelle Hibernie

Le devenir du musée des Tissus et des Arts décoratifs de la capitale des Gaules est plus qu’incertain. La Chambre de commerce, propriétaire actuel, ne peut plus assurer la gestion de cette institution pour des raisons économiques. Après la perte des recettes fiscales et les ponctions de l’Etat dans les caisses des Chambres de commerce et d’industrie, celle de Lyon n’a pas le choix. Elle ne peut plus assurer le fonctionnement de ce double musée. Sur les 2,5-2,7 millions de frais de fonctionnement annuels, environ 900 000 sont couverts par les entrées et les autres recettes. Le reste est à sa charge.

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Robes pour l’été 1920, Raoul Dufy, Lyon, musée des Tissus ©DR

 

Pour l’heure, aucune solution n’a été trouvée par la municipalité ou le Ministère de la Culture qui semblent peu mobilisés. Pourtant, différentes pistes ont été proposées par les équipes du musée et le directeur M. Maximilien Durand, la Chambre de commerce paraît très coopérative et le statut des collections oblige dans tous les cas l’Etat à intervenir. En tant que collections publiques, l’ensemble de textiles, du mobilier et des objets d’art devront au pire être transféré dans une autre institution, opération risquée, complexe et très onéreuse. Mais n’est-il pas préférable que Lyon, si attachée à son patrimoine et à l’histoire des soyeux, se préoccupe de la question ? Il est vrai qu’après le projet du musée des Confluences si coûteux, il est difficile de trouver des fonds publics.

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Robe de l’« Amazone païenne », fouilles d’Antinoé, première moitié du Vie siècle

Maison Grand frères (fabricant), Brocart or et blanc, broché soie nuée pour la Chambre à coucher de l’Empereur au Palais de Versailles, 1813. ©Lyon, musée des Tissus 

Mais les collections en valent la peine ! D’abord la collection de textiles initiée au milieu du XIXe siècle couvre 4500 ans d’histoire et tous les continents. 2,5 millions de pièces : tissus coptes provenant d’Antinoé, soie de Chine, échantillons des créations lyonnaises, brocart et damas provenant des appartements de Versailles… Un fonds mondialement reconnu rivalisant avec les plus grandes collections (Metropolitan museum ou du Victoria & Albert Museum). Le musée des Tissus est aussi un lieu de restauration et d’étude unique. Quant aux collections des Arts décoratifs, elles ne sont pas en reste. Dans des ambiances recréées, on peut admirer des majoliques de la Renaissance, des dessins de maîtres anciens (Champaigne, Guerchin…), une commode de Cressent ou un secrétaire de Hache.

Espérons qu’une solution viable soit rapidement trouvée par les acteurs locaux et nationaux pour faire vivre ce musée d’exception.

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Charles Cressent, Commode, vers 1735-1750, sapin, satiné, amarante, bronze doré, marbre Campan

Jean-Baptiste Dutertre l’aîné, Pendule de cheminée dite « aux chinois », vers 1748-1750, bronze ciselé et doré, émail et laiton doré. ©Lyon, musée des Arts décoratifs.