5 novembre 2014

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Etienne Portais

Etienne Portais

 

Thomas HACHE
28 novembre 1664 – 13 mai 1747
Son père, Noël Hache, né à Calais vers 1630, effectuait son tour de France de compagnon ébéniste lorsqu’il se Maria à Toulouse, où il s’établit et meurt en 1675. À son tour Thomas, né à Toulouse commence son périple à travers la France, s’arrête à Grenoble, travaille chez l’ébéniste Michel Chevallier, épouse la fille de ce dernier en 1699. Suite à la la mort de son beau-père en 1720 il reprend son atelier de la place Claveyson. Un an plus tard, il obtient le brevet de Garde et Ébéniste de la maison de Louis d’Orléans, duc de Chartres, gouverneur du Dauphiné. Avec l’aide de son fils unique, Pierre, qui lui succédera, il fait preuve d’une grande activité mais faute d’estampille, aucune de ses œuvres ne peut être identifiée. Les archives nous apprennent seulement qu’il réalise, en 1744, le buffet d’orgue et les boiseries de la chapelle de chirurgie de l’hôpital tenu par les Pères de la Charité.

On attribue toutefois à Thomas Hache de grandes commodes à deux ou trois tiroirs, aux formes massives, dans le style Louis XIV ou Régence. Elles sont revêtues de marqueteries de bois indigènes, les unes très fines, très serrées, composées de médaillons, de rinceaux, de corbeilles de fleurs dans le goût italien (Hache, avant de gagner Grenoble, avait rencontré des marqueteurs piémontais lors d’un séjour à Chambéry), les autres, plus simples, faites de panneaux de loupe encadrés de filets sur fond de placage uni à la manière dauphinoise. Ces marqueteries de bois régionaux seront reprises par ses successeurs. Il est d’ailleurs probable que certains des meubles datant de la fin de sa carrière ont été exécutés par son fils. Signalons enfin, de Thomas Hache, une petite table octogonale dans le goût du XVIIème siècle, revêtue de marqueterie, pieds balustres tournés réunis par une entretoise, vendue à Clermont-Ferrand le 17 novembre 1988.
 
 

Pierre HACHE
28 décembre 1703 – 3 juin 1776

Sa notoriété dépasse celle de son père, Thomas, auquel il succède mais elle sera dépassée par celle de son fils, Jean- François, qui prendra sa suite. Dès 1725, il travaille dans l’atelier paternel, place Claveyson à Grenoble et, en 1757, il reçoit également le brevet de Garde et Ébéniste du Duc d’Orléans. Il est le premier des Hache dont les œuvres sont connues grâce a une estampille « Hache à Grenoble « , appliquée à l’aide de deux fers séparés. Il ne semble pas, en effet que Thomas ait fait usage de cette marque. La grande originalité de Pierre Hache (comme de tous les artisans de ce nom) réside dans l’emploi de bois des Alpes pour ses placages et ses marqueteries. Il utilise le thuya, le châtaignier, le tilleul, le frêne, le peuplier, le cytise, le platane, plus rarement quelques bois exotiques comme le bois de rose, l’ébène et, encore plus exceptionnellement, l’acajou.
Les bois teintés vert, très fréquents, mais également rouge apparaissent aussi dans les décors de Pierre Hache, qui passe pour avoir mis au point, avec son père, le procédé de teinture des bois régionaux. Ses meubles sont ornés de panneaux plaqués de ronce ou de loupe encadrés de filets clairs ou, fréquemment, de marqueteries « à l’italienne » (rinceaux, fleurs, corbeilles fleuries, attributs). Il fabrique également des meubles en bois naturel, principalement en noyer, et dans ce cas souligne les arêtes des tiroirs et du plateau de moulures teintées noir ou jaune et noir. Les bâtis sont habituellement exécutés en sapin. Sur le dessus des meubles, les plateaux en bois de placage ou en marqueterie ne sont pas rares et se substituent souvent aux marbres.Les ouvrages de Pierre Hache s’inspirent encore volontiers des styles Louis XIV et Régence. Du point de vue de la structure, une chose parait établie : Pierre Hache n’a pas produit de commode Louis XV en tombeau, c’est à dire de commodes réellement galbées en élévation sur les flancs. Il semble en revanche qu’il ait été sinon l’inventeur du moins le promoteur d’un type de commodes bien particulier, dont son fils Jean-François exploitera très largement le principe. Il s’agit d’une sorte de sauteuse à deux rangs de tiroirs dont le caisson est toujours chantourné seulement en plan (sur le modèle du cylindre), commode qui repose sur des pieds de biche d’abord terminés par des sabots de bronze et plus tard par le sabot en pastille ou par un sabot d’âne. Il faut encore mentionner dans la production de Pierre Hache, des bureaux mazarin, typiquement Louis XIV, des coffrets, des encoignures murales, des tables de changeur, des bureaux de pente et des petites tables Louis XV au galbe léger et élégant qui prouve que leur auteur avait su s’adapter à l’évolution du goût. Adaptation peut être due a l’influence de son fils Jean-François qui travaillait en collaboration avec lui depuis longtemps et qui lui succédera en 1770 lorsqu’il décidera de mettre fin a sa carrière (il eut 12 enfants dont 3 fils ébénistes).

 
 

Jean-François HACHE
10 janvier 1730 – 19 août 1796

Ainé des trois fils ébéniste de Pierre Hache, et quatrième de ses douze enfants, il reste le plus connu de la lignée. Après avoir travaillé dans l’atelier paternel de la place Claveyson à Grenoble, il s établit à son compte dès 1754, tout en continuant de collaborer avec son père. C’est ainsi qu’en 1770, au moment où ce dernier se retire des affaires et lui laisse son atelier, ils livrent ensemble un somptueux bureau à cylindre au premier président du parlement du Dauphiné, Vidaut de la Tour.

Possesseur de plusieurs ateliers, Jean-François Hache connaît une grande prospérité. Il reçoit d’imposantes commandes pour de nombreuses demeures dauphinoises. Il fournit aussi bien des ouvrages de luxe que du mobilier courant et réalise des installations complètes et très variées.

Pour signer ses meubles, et probablement dès l’origine, il utilise l’estampille paternelle à laquelle il ajoute le mot « fils » à l’aide d’un troisième fer. En outre, il prend l’habitude de coller, à l’intérieur des tiroirs, une étiquette où il détaille sa production. On peut lire sur l’une d’elle : « A Grenoble, Hache fils, Ébéniste de Monseigneur le Duc d’Orléans, fait et vend toutes sortes d’ouvrages de Marqueterie en bois des Indes et autres pays, loupes et racines de toutes couleurs ; comme Bureaux, Secrétaires, Encoignures, Bibliothèques, Commodes à dessus de marbre, Tables de jeux de toute espèce, pliantes et autres à trictrac, Tablettes à livres, Coffrets, Écritoires, Cabarets, Trictracs et Damiers, Chiffonnières et Toilettes pour les Dames, de tous prix, et autres ouvrages d’Ébénisterie, propres à faire des présents. » La même étiquette énumère encore quantité d’objets parmi les plus inattendus, tels que « Bidets de toute espèce, et à Seringue, des plus commodes, (…) Eguilles en bois pour tricoter, (…) Tire-bottes, Chandeliers à conserver la vue, Pupitres, Écrans, Moulins à café », ainsi que des outils et fournitures pour la menuiserie, des cornets à dés, des fiches et jetons, « le tout à juste prix ».

Jean-François reste fidèle à la manière des Hache, en utilisant, en priorité des bois de pays : noyer, sycomore, peuplier, tilleul, érable, cytise, bois fruitiers. Il affectionne particulièrement les ronces de frêne ou d’érable moucheté, les loupes de noyer et de mûrier. Les essences exotiques (bois de rose, amarante, citronnier, ébène, acajou) n’apparaissent qu’à la fin de sa carrière et en moindre quantité. Les bois teintés, vert en particulier figurent très fréquemment dans ses marqueteries.

Très chatoyantes, pleines de fantaisie, ses marqueteries se démarquent des décors denses et serrés, « à l’italienne », qu’il abandonne de plus en plus. Vases, urnes, gerbes et guirlandes de fleurs, oiseaux, médaillons d »instruments de musique ou de jardinage se détachent sur des fonds d’érable moucheté, de ronces ou de loupes diverses. A leur tonalité claire s’opposent les filets d’amarante servant d’encadrement. Certaines de ses marqueteries s’inscrivent dans des réserves que cernent de grands rinceaux sombres et sinueux. Des moulures, également de bois sombres, viennent souvent souligner les arêtes des meubles. A l’exception d’un certain nombre d’ouvrages aux formes massives (commodes droites, commodes « en tombeau ») hérités des modèles Louis XIV ou Régence, la plupart des meubles de Jean-François Hache sont plus légers, plus élégants que ceux de son père. Les galbes aux lignes fluides, d’une grande pureté sur certains bureaux de pente, sur des petites tables, sont parfois fortement accusés, notamment sur des commodes où un cercle de marqueterie vient encore renforcer le renflement caractéristique des montants. Des lignes et des décors plus rigoureux caractérisent certains meubles Transition et les rares modèles Louis XVI de l’ébéniste. Les uns et les autres sont marquetés d’un jeu de figures géométriques. Un bureau à cylindre Louis XVI marqueté de trophées et de quadrillages dans des encadrements de rinceaux figurait dans la vente des musées de Saint-Pétersbourg organisée à Berlin (6 novembre 1928, numéro 84).

A côté de son activité d’ébéniste, Jean-François Hache a également fait œuvre de menuisier selon une pratique assez courante en province. Cette partie non négligeable de sa production offre des aspects multiples. Il s’agit d’abord de meubles divers en bois massif, en noyer principalement. Ils sont souvent incrustés de filets et de plaques de formes géométriques ou sinueuses en loupe de différentes essences indigènes. Un exemple remarquable de ce type de fabrication est fourni par un bureau à gradins aux lignes très mouvementées reproduit dans l’ouvrage de René Fonvieille. On trouve ensuite des meubles en bois sculpté, essentiellement de robustes tables consoles Louis XVI, peintes et dorées, ornées de motifs néoclassiques habituels. Trois de ces meubles sont signalés au musée Stendhal de Grenoble. Des sièges ont aussi été fabriqués en grand nombre et des ameublements ont été fournis à des châteaux du Dauphiné.

Les meubles de Hache sont pour la plupart conservés dans des collections Dauphinoises. Même estampillés, leur attribution ne peut pas toujours être établie avec certitude. Il est possible en effet que Jean François n’ait utilisé l’estampille « Hache fils à Grenoble  » que du vivant de son père. Cette hypothèse est d’autant plus fondée que la lecture de ses différentes étiquettes la confirme. Les premières sont libellées au nom de Hache Fils. A partir de 1778, c’est-à-dire deux ans après la mort de Pierre Hache, le mot « fils » est supprimé. Ainsi certains ouvrages estampillés « Hache à Grenoble » pourraient être l’œuvre du fils et non celle du père. Seul l’examen critique de leur style et de leur décor peut éventuellement permettre de trancher en faveur de l’un ou de l’autre.

 

 

Bibliographie

« Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle », Pierre Kjellberg, Les Éditions de l’Amateur – 2002

« Le Génie des Hache », Pierre Rouge et Françoise Rouge, Éditions Faton

Teaser Description

Famille d’ébéniste grenoblois

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