13 octobre 2016

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Emmanuelle Hibernie

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Emmanuelle Hibernie

Artiste reconnu de son vivant mais peu étudié, Edme Bouchardon incarne en sculpture une synthèse entre le réaliste rocaille et la perfection de l’Antiquité. Il a su apporter en ce milieu du XVIIIe siècle un souffle nouveau grâce à son regard sur l’art antique.

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Portrait de Bouchardons par Pier-Leone Ghezzi, 1732, huile sur toile, Florence, Galerie des Offices. (c) DR.

Né à Chaumont en Bassigny en 1698 dans une famille d’artistes, Bouchardon apprend de son père et de son frère les rudiments de la sculpture. Il devient l’élève de Guillaume Coustou avant de recevoir le prix de Rome en 1722.

L’année suivante, il gagne Rome et l’Académie de France. Ces neuf années dans la capitale des arts sont déterminantes pour découvrir la statuaire antique et la sculpture monumentale intégrée dans une architecture. Le concours pour la fontaine de Trévi est l’occasion pour lui de présenter sa vision. Sa copie du fameux Faune Barberini est acclamée. Grâce à ses relations, il obtient en 1731 la commande d’un buste du pape Clément XII dans une cité où la concurrence est rude.

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Buste de Philipp von Stosch, 1727, marbre, Berlin, SMPK. (c) DR.

En 1727, son buste du collectionneur de Philipp von Stosch en toge à la romaine augure la mode des bustes à l’antique. Il reprend cette formule à succès (sans la toge) avec le buste du marquis de Gouvernet au Salon de 1738.

Ses premiers succès romains le précédent. A son retour en 1732, il est accueilli à bras ouverts avec un logement au Louvre. En 1735, il devient sculpteur du roi. En 1739, les échevins de Paris lui commandent une fontaine monumentale célébrant l’arrivée de l’eau dans un nouveau quartier de la capitale, rue de Grenelle. Projet très architecturé mais où la sculpture prend toute sa dimension.

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Jeune homme nu, étude pour l’Amour, 1750, sanguine, Paris, musée du Louvre. (c) DR.

La commande des statues du chœur de l’église Saint-Sulpice occupe Bouchardon de 1734 à 1750. En parallèle, il réalise son chef d’œuvre, l’Amour se faisant un arc de la massue d’Hercule pour le roi. Véritable ronde bosse où chaque point de vue est important. Bouchardon est à son apogée. En 1748, les marchands et les échevins de Paris lui commandent une statue équestre en l’honneur de Louis XV. Hélas, l’artiste meurt sans voir le monument achevé.

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Statue équestre de Louis XV, 1748-1753, pierre noire, sanguine, graphite, Paris, musée du Louvre. (c) DR.

Mélange de vérisme et d’idéalisme, l’art de Bouchardon est remis à l’honneur dans cette rétrospective organisée par le Louvre et le Getty Museum de Los Angeles. Sous pyramide, on découvre aux côtés de ses sculptures les plus remarquables l’important fonds de sanguines conservé par le musée parisien. Jugé de son temps comme un grand dessinateur et professeur à l’Académie, on découvre avec délice l’étendue de son œuvre (nus masculins, projets de monnaies, portraits humanistes des petits marchands de rue parisiens, illustrations de livres, études de chevaux …). Pourtant l’accrochage aéré avec énormément de dessins, de qualité inégale, nous laisse un peu sur notre faim.

Exposition au musée du Louvre jusqu’au 5 décembre 2016.

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L’Amour taillant son arc dans la massue d’Hercule, 1750, marbre, Paris musée du Louvre. (c) DR.