13 mars 2015

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Vincent Pruchnicki

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Vincent Pruchnicki

Depuis quelques années, le château de Chambord ne cesse de se transformer pour aller au plus prêt des attentes de ses publics. Progressivement, les anciennes restaurations effectuées au milieu du siècle dernier par Jean Feray font place à de nouvelles restitutions où, dans la mesure du possible et conformément à la logique des périodes exposées, le mobilier se fait de plus en plus présent. Ainsi, la direction du domaine national de Chambord répond avec succès et intelligence scientifique aux attentes des visiteurs, qui, méconnaissant souvent l’histoire des arts décoratifs et l’histoire du château, se plaignaient de le voir si vide tandis que des maisons telles que Talcy, Chenonceau et Cheverny se voyaient mieux loties.

Quoique la politique mise en oeuvre soit déjà un peu ancienne, elle ne s’est révélée au grand public que récemment avec le spectaculaire dépôt du Mobilier National dont toute la presse s’est fait échos, encourageant les choix établis pour le remeublement.

Luc Forlivesi, Directeur des collections au Domaine National de Chambord, installe le dépôt du Mobilier National.

Luc Forlivesi, Directeur des collections au Domaine National de Chambord, installe le dépôt du Mobilier National, (c) Léonard de Serres.

Ce remeublement, parmi d’autres politiques à découvrir dans les mois à venir, est l’occasion pour le domaine de mettre en exergue plusieurs aspects non-contemporains du domaine, ce qui est toujours le problème pour tous les châteaux-musées. L’on songe par exemple à Versailles aux appartements de Marie-Antoinette du rez-de-chaussée restitué dans l’état de 1789 tandis que dans le Grand Appartement un état Louis XIV prévaut et que sous les combles, c’est l’état de 1774 que l’on souhaiterait restituer dans les appartement occupés un temps par Madame du Barry.

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Au rez-de-chaussée du château, examen en vu de la restauration d’une série de chaises déposées par le Mobilier National et provenant d’une livraison de 15 chaises de Louis Delanois pour l’Ecole royale de Chirurgie, fin du XVIIIe siècle, Léonard de Serres.

« Chambord saxon »

Un axe fort a été établi autour la restitution de l’appartement occupé par Maurice de Saxe (voir Mes rêveries… le maréchal de Saxe à Chambord, Association des Amis de Chambord, 2002). Fils naturel du roi de Pologne Auguste II le Fort (1670-1733), élevé à Dresde avec les autres bâtards d’Auguste II, militaire de carrière au service de la France, maréchal de France, vainqueur de Fontenoy (1745), le maréchal de Saxe est aussi connu pour sa vie excessive, d’aucun diront dissolue, et pour son installation à Chambord. Il obtient de Louis XV la permission de s’installer dans le château royal après son succès à Fontenoy. Il y expose d’ailleurs les canons pris sur le champ-de-bataille et rapportés en France.

Maurice de Saxe, par Maurice Quentin de La Tour. vers 1748, Galerie de Peinture des Maîtres anciens, Dresde, Saxe.

Maurice de Saxe, par Maurice Quentin de La Tour. vers 1748, Galerie de Peinture des Maîtres anciens, Dresde, Saxe.

Au premier étage, les inventaire dressés entre sa mort en, 1750 et 1756, nous décrivent un riche appartement de parade, qui n’a sans doute pas le luxe de son appartement parisien, mais n’a rien à envier aux princes, tandis qu’au deuxième étage, à la manière du Roi ou de la duchesse du Maine, il fait installer un théâtre de Cour afin d’y poursuivre les divertissements parisiens auxquels il se trouve fort attaché par la passion d’abord, et par les rubans de ses comédiennes, de maîtresses ensuite.

Evocation du théâtre de Cour du maréchal de Saxe, expositioon "mes rêveries", 2002-2003.

Evocation du théâtre de Cour du maréchal de Saxe, exposition « mes rêveries », 2002-2003.

L’appartement du nouveau maître de maison est installé dans l’appartement de parade. Il comporte une salle des gardes dénommée « salle du caffé » où est conservé l’un des grands poêles du maréchal, d’une première antichambre utilisée comme salle à manger, avec son grand poêle racheté par le domaine en 1998, d’une seconde antichambre servant de salon de compagnie, de la chambre de parade, d’une chambre privée et enfin d’une pièce de la garde-robe. Le billard de Louis XIV aurait été conservé, placé dans l’une des grandes salles donnant sur l’escalier central.

L’antichambre donnait le ton martial de l’appartement, servant de « salle aux drapeaux ». Elle abritait les trophées militaires du maréchal. Ses murs étaient tendus de soie et de tapisseries de la tenture du Pastor Fido, dont quelques pièces étaient également tendues dans le salon de compagnie attenant, accompagnant un grand portrait équestre de Louis XIV devant Namur appartenant aux collections royales. Au mur toujours, sonnait un rare cartel en vernis Martin bleu  et or, dont on ne connaît plus actuellement que de très rares exemplaires. La dernière grande pièce de l’enfilade était la chambre d’apparat.

Evocation des trophées de l'antichambre du maréchal de Saxe, expositioon "mes rêveries", 2002-2003.

Evocation des trophées de l’antichambre du maréchal de Saxe, exposition « mes rêveries », 2002-2003.

Cette grande chambre à balustrade est enrichie dès 1748 sur ordre de Louis XV, de boiseries provenant du cabinet octogone de la duchesse d’Orléans au château de Versailles déposées par les Bâtiments du Roi. Ces boiseries avaient été réalisées par Vassé et Roumier (plusieurs signatures ont été découvertes au revers des boiseries par M. Denis Grandemenge) en 1723 et sont toujours en place. Sous le maréchal de Saxe, elles étaient blanches et rechampies vert pour s’harmoniser avec le décor textile de la pièce. La dorure ne date que de 1982. Ces boiseries sont teintées d’une touche d’exotisme avec deux dessus-de-porte à sujets de concert de singes. Trouard fit exprès une nouvelle cheminée qui était occupée par un riche feu en bronze doré.

Château du Champ de Bataille, chambre d'apparat.

Château du Champ de Bataille, chambre d’apparat.

Au milieu de l’alcôve dominait un splendide lit de satin à figures à la façon des Indes en soie et or, que le lit de la grande chambre décorée par Jacques Garcia à Champ de Bataille laisse imaginer malgré une dominante bleue ayant remplacé le blanc de Chambord. Autour du lit, six fauteuils de bois doré du même meuble, l’un ayant été racheté par le château, demeuraient derrière l’alcôve, tandis que deux bergères et une série de douze chaises garnissaient le reste de la chambre. Un lustre en bronze et en cristal et un cartel anglais orné à la chinoise complétaient l’ameublement.

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Chambre du maréchal de Saxe, en cours de remeublement.

Le cabinet de travail attenant était meublé d’une commode, de quelques sièges et d’un lit à la duchesse. Maurice de Saxe y était, comme partout, accompagné par ses chiens.

Eléments du surtout de dessert du maréchal de Saxe à Chambord, début et milieu du XVIIIe siècle (c) Sotheby's, Vente Dillée, mars 2015.

Eléments du surtout de dessert du maréchal de Saxe à Chambord, début et milieu du XVIIIe siècle (c) Sotheby’s, Vente Dillée, 18-19 mars 2015.

Tout le château fut meublé à titre permanent durant l’installation de Maurice de Saxe et jusqu’à la mort de son neveu le comte de Friesen en 1756. Saxe y utilisa une partie de sa riche argenterie et un surtout divisé en huit éléments comprenants chacun plusieurs coupes dont deux passeront très prochainement à la vente Dillée, chez Sotheby’s Paris.

Nous espérons, à titre personnel, les voir retourner à Chambord pour y évoquer la table du célèbre maréchal, grâce au concours du Fonds du Patrimoine, des Musées de France et de généreux donateurs, dont certains ont déjà permis l’arrivée au château d’acquisitions de choix, encourageant les achats effectués par un domaine souhaitant faire beaucoup.

 

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Catalogue de l’exposition « Mes rêveries…le maréchal de Saxe à Chambord », septembre 2002, préface de René Monory, avant-propos de Xavier Patier, textes de Jean-Pierre Bois, Vincent Cochet, Jean-Sylvain Caillou, Dominic Hofbauer, 20 euros.

 

Vincent Pruchnicki