19 avril 2017

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Vincent Pruchnicki

Vincent Pruchnicki

En vue de la prochaine Biennale, où votre galerie favorite (oui, oui, on peut se faire un peu plaisir entre nous, c’est une newsletter après tout!) sera présente, nous avons tenté d’acquérir en vente à Drouot une splendide paire de portraits du célèbre peintre Jean Ranc. Ces deux grands portraits, superbes d’exécution, figurent en grande pompe le célèbre Joseph I Bonnier de la Mosson, Trésorier des Etats du Languedoc, et son épouse, Anne Melon. Je vous vois déjà sourire car effectivement, vous vous souvenez comme moi que les melons sont du Sud, comme les Bonnier, et qu’un tel nom de famille cela ne s’invente pas. Mais les Melon et les Bonnier ne viennent pas de Cavaillon. Ils sont originaires de Montpellier! Les récentes chaleurs et l’appel des saveurs du fruit vous auront égarés!

Joseph I Bonnier de La Mosson, par Jean Ranc.

C’est d’ailleurs à Montpellier que Joseph I Bonnier et son épouse se font construire la plus splendide des folies, sur les plans d’une star locale, l’architecte Jean Giral, incontournable et avec l’aide du génial sculpteur Nicolas Adam.

 

Restitution du plan originel du château (c) Patrimoine de France

 

Malheureusement, si des folies de moindre importance subsistent, telle La Mogère (ravissante et intacte jusque dans son mobilier), le château et le domaine de la Mosson encore inachevés à la mort de Joseph I, terminés par son fils Joseph II, célèbre amateurs de curiosités, ont été démantelés dès le milieu du XVIIIe siècle. A la mort de Joseph II Bonnier, les créanciers se rappellent au souvenir de sa veuve. La succession ouverte par le croque-vif: elle doit vendre et dépecer le domaine pour honorer les anciennes commandes.

Les caravanes s’accumulent à présent sur les anciens parterres. Devant ce qui subsiste du corps central du bâtiment, qui renferme le grand salon à l’italienne et le vestibule, s’étendent encore les jardins et la fontaine, entretenant le souvenir du temps jadis. La grille de fer forgé a été transportée vers le château de l’Engarran, quelques sculptures du jardin également dispersées.

Les La Mosson s’étaient ruinés à La Mosson dès 1723 pour un projet outrageusement luxueux en province. Il y firent plus de dépenses encore que pour aménager le célèbre cabinet de curiosité parisien (vers 1730) de Joseph II Bonnier, dont le muséum d’Histoire naturelle conserve quelques éléments de boiseries, sauvés de la démolition.

De leur héritage, nous aurions été honorés de pouvoir vous présenter cette très belle paire de portraits de Jean Ranc, de 146 cm de hauteur, exécutée vers 1702 et autrefois conservée au château de La Mosson dans le vestibule du premier étage qui existe encore, ravagé. Comme nous aurions aimé plaisanter avec vous des fausses identifications du XIXe siècle (Duc de Penthièvre et Marquise de Gondrin), nous éblouir de la splendide palette de couleur du maître de Raoux, du rendu charnel des velours de soie et des broderies d’or, de la luminosité des teints et de l’élégance des postures…

Pendant 30 secondes, courtes, trop courtes, nous nous y sommes vus… nous étions adjudicataires de la paire de portraits. Puis le conservateur du patrimoine, sans doute du musée des Beaux-Arts de Montpellier*, s’est levé pour préempter… douchant nos espoirs.

Mais nous ne sommes pas rancuniers… noooon… Réjouissons-nous pour le patrimoine français, et partageons ensemble cette découverte que vous pourrez bientôt faire dans nos musées. La dernière belle acquisition nationale avant le premier tour des présidentielles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Pruchnicki

*Les portraits ont effectivement été préemptés par le musée Fabre: http://www.latribunedelart.com/deux-portraits-de-jean-ranc-preemptes-par-le-musee-fabre

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